L’émergence et l'industrie du livre en Afrique

Introduction

Au cours de la 15e Foire internationale du Livre et du Matériel didactique de Dakar (FILDAK) prévue du 11 au 16 novembre 2015, le Comité scientifique organise un colloque international sur le thème « Pour l’émergence, l’ancrage dans les valeurs citoyennes par le livre et la lecture » comportant 9 sous-thèmes : 1 Livre et culture de Paix ; 2 Émergence et industries du livre en Afrique ; 3 Le livre comme outil de démocratie et de développement durable ; 4 Le livre en langues nationales : état des lieux, enjeux et perspectives ; 5 Place du livre aujourd’hui, comme outil pédagogique et moyen d’information ; 6 Femmes et jeunes dans la littérature ; 7 Livre, citoyenneté et droits de l’homme ; 8 Le livre pour l’enracinement et l’ouverture ; 9 Le livre, outil d’expression politique.

Abordant l’émergence, l’Argumentaire du colloque indique : « En effet, cette question de l’émergence est depuis quelques temps agitée dans les sphères politiques, sociales et économiques. Dans ses contours, l’émergence est un levier de développement à tous les niveaux surtout sur le plan culturel et elle ne peut se faire sans une politique culturelle conséquente. Elle concerne tous ceux qui aspirent à un développement durable surtout dans les pays dits émergents. »

Pour ce qui est du livre, l’Argumentaire précise : « Par conséquent, le livre devient un moyen efficace que l’humanité a trouvé pour conserver, améliorer, enseigner, transmettre les acquis culturels. C’est en même temps, un formidable outil de vulgarisation des savoirs,  d’uniformisation des  cultures et civilisations des sociétés du monde d’une part ; d’autre part, d’affirmation et d’expression de la diversité culturelle un peu partout dans le monde. »

Notre communication qui concerne le sous-thème n° 2 : Émergence et industries du livre en Afrique comporte le plan suivant :

  1. Le rôle du livre dans le développement national
  2. Les obstacles à l’émergence et industrie du livre en Afrique
  3. Planification, création intellectuelle, industrie nationale du livre
  4. Industrie nationale du livre
  5. Promotion, Diffusion, distribution du livre
  6. Bibliographie, Lecture publique, bibliothèques
  7. Conclusion et recommandations

1. Le rôle du livre dans le développement national

Le livre, qui est un moyen universel de communication, a un rôle spécial à jouer dans le développement national, et plus particulièrement dans l’éducation et la culture. Les réunions qui se sont tenues sur la promotion du livre en Afrique, notamment le Séminaire sur l'évaluation des plans de développement du livre et de la lecture dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en 1990 à Ibadan au Nigeria, ont mis l’accent sur la nécessité, pour les pays africains, de parvenir à l’autosuffisance en matière de production de livres. À cette fin, elles ont recommandé qu’une action concertée soit entreprise pour mettre en œuvre une politique intégrée.

Une politique nationale du livre, qui est conçue comme un ensemble cohérent de lois et réglementations mises en place par les pouvoirs publics et s’appliquant à l’édition, à l’impression, à la diffusion et à l’utilisation des livres, comporte des objectifs globaux et des objectifs spécifiques.

Les objectifs globaux sont, entre autres : instaurer l’habitude de lire, soutenir le métier d’auteur, lutter contre l’analphabétisme, approvisionner toutes les couches sociales en livres et autres matériels imprimés, approvisionner le secteur de l’éducation en livres scolaires, encourager le développement de l’infrastructure éditoriale.

Les objectifs spécifiques sont, entre autres : produire certaines catégories de livres et matériels imprimés, développer des bibliothèques, assurer la distribution, le partenariat, le contrôle de qualité.

Outre les capacités humaines, techniques et matérielles, une politique nationale du livre requiert un financement, c’est-à-dire des ressources monétaires qui peuvent être des fonds propres (autofinancement), des fonds d'emprunt (crédit) ou des subventions.

Les origines de ces fonds sont multiples : les opérateurs économiques (investissements), les banques (prêts) et les institutions de coopération internationale (programme d’appui à l’édition), les bailleurs de fonds, les mécènes, les donateurs, l’État (subventions), les collectivités locales, etc.

La production et la diffusion du livre font intervenir différents mécanismes et stratégies pour atteindre des objectifs, relativement aux questions de planification, de création intellectuelle, d’industrie nationale du livre, de promotion, de diffusion, de distribution du livre, de bibliographie, de lecture publique, de bibliothèques.

Nous allons examiner tous ces points et nous terminerons par des recommandations.

2. Identification des principaux obstacles à l’émergence et industrie du livre en Afrique 

L'obstacle majeur au développement du livre, de la lecture et de l'édition en Afrique est la non-intégration, ou la non-prise en compte de ce secteur dans les plans de développement des États. En d'autres termes, c'est l'absence de politiques réfléchies et concertées. La nature particulière de l'économie du livre et le contexte de récession économique actuel ont aussi immanquablement des répercussions.

Le « commerce de la librairie » selon l'expression de Diderot, demeure une activité économique tout à fait particulière et à risques dont la rentabilité est problématique puisqu'il s'agit d'idées. La difficulté pour trouver les capitaux ici comme ailleurs n'est pas des moindres. Un accès plus aisé aux marchés financiers ainsi que des conditions plus favorables dans l'obtention des crédits bancaires permettraient la constitution d'entreprises d'édition ayant le goût du risque. Ainsi l'un des problèmes majeurs auxquels sont confrontés les éditeurs est bien celui de l'investissement; les banques sont en effet peu disposées à investir dans un secteur où les profits ne sont pas immédiats et garantis. Il est remarquable que ce problème ne soit pas spécifique à l'édition privée et concerne aussi les éditions d'État dont la politique de service n'intéresse pas non plus les investisseurs soucieux de rentabilité : cela explique par exemple la pénurie de manuels dans beaucoup de pays où l'édition scolaire est pourtant monopole d'État.

   L'absence de politiques nationales du livre et de la lecture résulte aussi du marasme économique de l'Afrique. La crise économique amène en effet la plupart des États à prendre des mesures drastiques dont les conséquences pèsent lourdement sur les pouvoirs d'achat et freinent l'investissement des capitaux, quelle que soit leur origine. Les secteurs culturels sont souvent sacrifiés car réputés non productifs. La lecture n'étant pas un besoin irrépressible, les populations ne consacrent que des sommes résiduelles ou marginales au livre.

   On sait par ailleurs que lorsqu'elles existent, les unités d'imprimerie capables de produire importent de l'étranger leurs équipements et les matières premières. Or, dans la plupart des cas, si le livre en tant que produit fini importé ne se heurte pratiquement à aucune barrière douanière, en revanche, les matières premières importées pour sa fabrication se trouvent frappées de toutes sortes de taxes et restrictions. Que dire lorsque les pays se trouvent enclavés ?

   Les conséquences d'une telle situation sont le coût élevé du livre local qui l'empêche d'entrer en compétition avec le livre importé. C'est ainsi que la concurrence des maisons étrangères se trouve favorisée; les éditeurs locaux préfèrent se faire imprimer à moindre coût à l'extérieur donc empêchent l'émergence d'une l'industrie locale du livre. Cette dépendance de l'extérieur est valable également, mutatis mutandis, pour la maintenance des équipements et l'organisation de la production. Les conséquences en sont une sortie de devises, l'aggravation du déséquilibre de la balance commerciale sans oublier les sempiternelles ruptures de stocks.

   Outre les facteurs aggravants qui viennent d'être identifiés, l'élément principal qui contribue à l'élévation du coût de fabrication du livre est la faiblesse des tirages en raison de l'étroitesse des marchés nationaux (l'on sait que plus le tirage d'un ouvrage est important, moins les frais fixes pèsent sur le prix de revient). Il ne faut pas perdre de vue que la recherche d'un taux de profit le plus élevé possible (calcul de l'amortissement des équipements, surestimation des devis...) conduit inéluctablement à la fixation d'un coût de production surévalué.

   Il faut ajouter à cela les difficultés de la création d'un marché francophone du livre qui aurait néanmoins pu constituer un vaste public potentiel de clients. Les rares tentatives de coédition et leurs échecs relatifs laissent dubitatif quant à l'avenir de la coopération entre les maisons d'édition.

   Quand bien même les obstacles ci-dessus seraient surmontés, l'industrie africaine du livre aurait encore à résoudre le problème de la qualification technique des personnels. Au plan technique, les maisons d'édition et les imprimeries souffrent en effet d'un manque de personnel qualifié à tous les niveaux de la chaîne de production, pénurie due à l'absence de formation initiale. On ne le répétera jamais assez : les métiers de l'édition et de l'imprimerie requièrent un grand savoir-faire (on ne fabrique pas un livre comme on fait des imprimés dits de « ville »)... Cette absence de qualification conduit tantôt à une production faible ou/et de mauvaise qualité, tantôt à une mauvaise gestion, le tout conduisant inéluctablement à un déficit qui affecte dangereusement l'entreprise. La formation sur le tas, généralement pratiquée, s'avère nettement insuffisante.

  Si les problèmes de formation sont sérieux, ceux de la diffusion/distribution ne le sont pas moins dans la mesure où elle constitue l'un des principaux maillons de la chaîne du livre. C'est aussi, hélas, l'un des maillons les plus faibles en raison de l'absence de structures appropriées de diffusion (l'éditeur étant souvent lui-même son propre diffuseur), de la médiocrité et de la cherté des réseaux de transport. C'est ainsi que les librairies qui constituent l'un des pôles de la distribution n'existent pratiquement que dans les capitales et quelques rares villes privilégiées parce qu'elles sont situées le long des grands axes de communication. De plus, beaucoup de libraires affichent une incompétence notoire liée au manque de formation et de qualifications dans la mercatique du livre. À l'insuffisance des circuits de distribution fait malheureusement pendant la non-fiabilité des expéditions postales.

   De plus dans beaucoup de pays en développement, une grande partie de la population vit encore en marge du livre et baigne dans ce qu'il est convenu d'appeler un « désert culturel  » ; il est vrai que quelquefois l'attente est réelle et l'offre existe mais leur rencontre n'a pas lieu car l'information ne circule pas : les catalogues coûtent cher et les médias sont souvent muets car ils font payer très cher la moindre communication d'information. Les effets de la critique journalistique sont fort louables mais leur portée réelle reste limitée. Si d'aventure l'information atteint la cible, elle la laisse totalement indifférente en raison de l'absence d'habitude de lecture que l'on a coutume d'imputer à la civilisation de l'oralité et au mode de vie communautaire qui ne permettrait pas l'isolement nécessaire à l'acte de lire. Dans le cas où le lecteur est « accroché », la faiblesse du pouvoir d'achat demeure un obstacle de taille sauf à bouleverser les habitudes de consommation car le livre n'est cher que pour celui qui n'a pas l'habitude de lire...

   Enfin, lire requiert le savoir-lire (qui n'est pas le déchiffrement malhabile ou l'ânonnement) et malgré les efforts d'alphabétisation et de scolarisation, le nombre de ceux qui ne peuvent accéder au livre est important. Il y a à cela plusieurs raisons parmi lesquelles les exclusions précoces du système éducatif (taux élevé de déperdition scolaire) et l'absence de soutiens logistiques adéquats à la post-alphabétisation. Le manque de matériels de lecture pour les néo-alphabétisés favorise le retour à l'analphabétisme.

   L'on ne saurait passer sous silence une certaine défiance des auteurs à l'endroit des éditeurs africains. Quelles que soient les motivations psychologiques de celle-ci, le résultat est et demeure le recours à des maisons d'édition étrangères dont les principales sont situées en France.

3. Planification, création intellectuelle, industrie nationale du livre

3.1 Politique nationale et plan national

  En Afrique, les États qui ne l'ont pas encore fait devraient formuler une politique nationale et élaborer un plan national de promotion (production et diffusion) du livre.

  Une Agence nationale de développement du livre et de la lecture dotée du personnel nécessaire, de moyens financiers suffisants et investi d’un pouvoir exécutif adéquat devrait être créée.

  Des journées d’études et d’information devraient être organisées à l’intention des représentants de l’État (par exemple les ministères chargés de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique, de la Culture, de la Communication, des Finances, du Plan), des représentants des associations nationales de différents métiers du livre (auteurs, éditeurs, libraires, illustrateurs, adaptateurs, traducteurs, bibliothécaires) et des représentants de lecteurs (jeunes, femmes, travailleurs, néo-alphabétisés).

  Des études comparées des budgets nationaux consacrés annuellement par l’État à la promotion du livre et de la lecture (édition, prix littéraire, formation des personnels, création des bibliothèques et des centres de lecture, acquisition des livres, etc.) devraient être entreprises, de même que des enquêtes visant à déterminer l’importance des budgets des ménages consacrés annuellement par les différents groupes sociaux à l’acquisition de livres et d’autres matériels de lecture.

3.2 Création intellectuelle : auteurs, droits d’auteur

  Tous les efforts devraient être déployés pour encourager les œuvres produites par les auteurs nationaux tant dans les langues de communication internationale comme le français et l’anglais que dans les langues nationales.

  Beaucoup d’États africains ont adopté de nouveaux programmes d’études qui reflètent les aspirations et les besoins nationaux. La réussite dans la mise en œuvre de ces programmes dépend de la fourniture adéquate de manuels écrits et produits à l’échelle locale.

  Le métier d’auteur devrait être encouragé et des facilités d’édition offertes. Des mesures devraient être prises pour renforcer les lois sur le droit d’auteur et pour éviter le pillage des livres. La police, la douane et les autres corps concernés de l'État devraient travailler de concert avec l'industrie de l'édition afin de lutter contre la fraude sur les droits d'auteur. la vente de ces droits devrait être activement encouragée tant dans les pays africains qu’à l’étranger.

4. Industrie nationale du livre

4.1 Industrie nationale du livre

  Dans les pays africains où des maisons d'édition multinationales sont encore en activité, celles-ci devraient être tenues de réinvestir un certain pourcentage de leurs bénéfices dans le développement d’une  industrie nationale du livre. Le rôle de l’Union africaine dans la promotion du livre et de la lecture devrait être encouragé. Il est recommandé de garantir le développement de l'industrie du livre dans la région et de l'amener à l'autosuffisance et même au-delà.

  Compte tenu du coût élevé du papier et des autres matériels d'impression, un effort devrait être fait en faveur de la production locale de papier et autres matériels d'impression. Puisque les ruptures de stock de matériels d'impression et de produits chimiques pour l'imprimerie sont un problème que partagent éditeurs et imprimeurs, une priorité devrait être accordée à la production locale de papier, plaques, encre, films, produits chimiques, etc. pour l'impression des livres, étant donné que cette mesure réduirait les contraintes liées au marché des changes.

  Le fonctionnement des usines de fabrication de papier des États devrait être amélioré afin qu'elles produisent à bon marché tous les types de papier nécessaires à la publication.

  Les États africains qui ne l'ont pas encore fait devraient ratifier et mettre en application les dispositions de l'Accord de Florence et son Protocole de Nairobi concernant les livres.

  L’Accord de Florence et son Protocole de Nairobi sont destinés à faciliter l’importation d’objets de caractère éducatif, scientifique ou culturel (exemption des droits de douane). Les États de la région ne devraient pas prélever de taxes sur les matériels et équipements strictement destinés à l'industrie du livre. Les éditeurs et imprimeurs qui paient de telles taxes devraient être remboursés en conséquence, pour mieux moderniser leur industrie.

  Pour moderniser et développer l’industrie de l’édition, les États africains devraient :

  • encourager le développement des maisons d’édition locales et les opérateurs économiques, le mécénat, l’impression locale, la fabrication locale des matières premières ;
  • accorder un statut prioritaire au secteur du livre (facilités de crédits, exemption de droits et taxes, traitement préférentiel en matière fiscale, approvisionnement en matières premières, aménagement de moyens de formation, …) ;
  • faciliter la participation des maisons d’édition privées, comme des maisons d’édition publiques, à la production et à la diffusion des manuels scolaires destinés au secteur de l’éducation ;
  • assurer la formation dans les métiers du livre (éditeurs, illustrateurs, maquettistes, compositeurs, imprimeurs, enseignants, libraires, distributeurs, bibliothécaires) ; par des cours et des séminaires à l’échelle nationale et régionale ;
  • encourager le recrutement des personnels formés dans les métiers du livre, améliorer le statut des professionnels en leur proposant une rémunération correcte, la protection de leurs droits et un plan de carrière ;
  • soutenir la création d’organismes professionnels (associations d’auteurs, d’éditeurs, d’imprimeurs, de libraires, de bibliothécaires) ;
  • susciter la coopération intercontinentale en entrant en liaison avec d’autres pays africains producteurs de pâte à papier, cette coopération ne devrait pas s’effectuer au détriment de la qualité ni du prix ;
  • faciliter l’installation d’entreprises fabriquant les encres d’imprimerie, les produits chimiques dont l’industrie du livre a besoin ;
  • encourager les entreprises de récupération à s’intéresser au papier usagé en vue de son recyclage.

4.2 Catégories de livres produits

4.2.1 Manuels scolaires et ouvrages universitaires

  Il est souhaitable que les États accordent au secteur privé la possibilité d'assurer une plus grande autosuffisance dans l'offre de livres scolaires produits localement pour tous les niveaux d'éducation et dans chaque État.

  Ils devraient faire en sorte que tout livre de niveau universitaire dont l'importation annuelle dépasse les 1000 exemplaires soit automatiquement soumis à une licence de réimpression locale obligatoire.

  Ils devraient étudier la possibilité de subventionner la publication des livres de niveau universitaire et de livres d'une valeur académique et/ou culturelle particulière. Ceci encouragerait les éditeurs nationaux à s'aventurer dans ces domaines.

4.2.2 Livres pour enfants

  Tous les États de la région devraient étudier la possibilité d'accorder des prêts à faible intérêt en particulier pour la publication de livres pour enfants. Les agences nationales de développement du livre et de la lecture des États devraient s'assurer de la publication de livres de fiction et autres destinés aux enfants et aux adultes afin d'éviter une concentration excessive sur la publication de manuels scolaires.

4.2.3 Coopération

  Afin d'améliorer la coopération culturelle et technique entre les États en matière de développement du livre, les éditeurs nationaux devraient mettre au point des accords de co-publication et/ou de codistribution avec leurs homologues des autres États.

  Compte tenu de la nécessité de développer les échanges culturels et de promouvoir une large distribution des produits culturels, il est souhaitable que l’Union africaine établisse une liste exhaustive des produits culturels provenant de chaque État membre pouvant bénéficier du régime de libéralisation en matière commerciale.

  Les éditeurs de la région devraient tirer profit des capacités d'impression disponibles dans les États afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des imprimeurs d'Occident.

  Il est demandé aux agences nationales de développement du livre et de la lecture, aux éditeurs, aux rédacteurs, aux bibliothécaires, etc., de fournir toute donnée utile à l’Union africaine afin d'améliorer la coopération régionale en matière de promotion du livre.

4.2.4 Transferts monétaires

  Un accord standard devrait être introduit par les États par le biais de l’Union africaine dans le but de faciliter les transferts monétaires nécessités par la circulation des livres dans la région.

5. Promotion, Diffusion, distribution du livre

5.1 Foires du livre

  Chaque agence nationale de développement du livre et de la lecture, en collaboration avec les associations nationales des professionnels du livre, devrait s'assurer que les livres publiés au plan national sont disponibles et exposés à chaque foire internationale du livre. Dans les États où cela n'a pas encore été fait, les agences nationales de développement du livre et de la lecture devraient organiser régulièrement des foires commerciales.

  Les foires du livre, les bibliothèques publiques et scolaires, les bibliothèques mobiles, les programmes consacrés aux livres par la radio et la télévision et les lectures peuvent grandement contribuer à promouvoir le livre et à susciter la croissance d’un public de lecteurs.

5.2 Diffusion, distribution

  Les autorités locales des États devraient aider à la distribution du livre en créant des librairies dans les régions reculées. Les États devraient demander aux centres bibliographiques nationaux les listes des ouvrages publiés dans les États respectifs pour une période donnée en vue de constituer après compilation une liste unique à distribuer ou à vendre aux professionnels du livre (éditeurs, libraires et bibliothécaires).

  Il est souhaitable que les États encouragent les médias de leurs pays — tant la presse écrite que la radio et la télévision — à promouvoir les livres. L'attention des États est attirée sur l'existence d'un Collectif africain du Livre (African Books Collective) et sur les services qu'il offre en matière de marketing en ce qui concerne les ventes outre-mer. Pour rendre les livres facilement accessibles aux communautés urbaines et rurales en ce qui concerne les débouchés et les prix, les États africains devraient :

  • subventionner l’édition des matériels didactiques et supprimer les taxes frappant le livre ou les matières premières nécessaires à sa fabrication ;
  • développer les circuits de bibliobus en milieu rural ;
  • négocier avec les services postaux et les entreprises afin d’obtenir des tarifs préférentiels pour le transport des matériels imprimés ;
  • favoriser la création de librairies et autres points de ventes dans tout le pays.

6. Bibliographie, lecture publique, bibliothèques

6.1 Bibliographie nationale

  Les États qui ne l'ont pas encore fait devraient mettre en place des institutions qui compileraient et publieraient régulièrement une bibliographie nationale  pour le pays et en enverraient des exemplaires aux autres États afin de faciliter l'accès à la production intellectuelle des États.

6.2 Lecture publique, bibliothèques

  Les gouvernements devraient dégager des fonds pour permettre aux bibliothèques nationales de chaque État d'acheter suffisamment de livres. Cela permettra d’aider au développement de l’édition et des métiers du livre. Et cela contribuera aussi à développer une culture de la lecture en mettant davantage de livres et des manuels scolaires à la disposition d’un large public jeune.

  Des clubs de lecture devraient être créés afin d'encourager la lecture en tant que loisir et l'échange de matériels de lecture au niveau de l'ensemble des établissements d'enseignement préscolaire, primaire et secondaire du pays et parmi le public membre de ces clubs.

  Une réelle politique de stimulation de la lecture devrait être mise en œuvre afin d'initier et de cultiver les habitudes de lecture depuis l'enfance par le moyen d'une large production subventionnée.

Des bibliothèques communautaires et de quartiers devraient être mises en place et soutenues financièrement dans chaque État membre. Toutes les écoles primaires et secondaires des États devraient être dotées d'une bibliothèque scolaire.

6.3 Alphabétisation et matériels de lecture adaptés

  Les activités de promotion de la lecture et les campagnes d'alphabétisation des adultes doivent être correctement coordonnées dans chaque État. Il faudrait également mettre sur pied des centres d'alphabétisation des adultes et élaborer et fournir des matériels de lecture adaptés.

  Les actions menées dans ce domaine par les organisations non gouvernementales nationales et internationales méritent d’être saluées. L'enseignement par la radio et la télévision pourrait être exploré et mis en pratique là où de telles possibilités existent.

7. Conclusion et recommandations

  L’émergence d’industries du livre en Afrique appelle une solution politique consistant à définir les objectifs à assigner au livre et à dégager les moyens adéquats pour les atteindre. Comme toute activité économique, la promotion du livre et de l’édition (conception, production et diffusion) est subordonnée à l’existence de capitaux nécessaires à l’industrie du livre, d’infrastructures et de personnels qualifiés.

7.1 Prix du livre

  Afin de pouvoir faire baisser le prix du livre, il est recommandé aux Gouvernements de procéder à la suppression des taxes fiscales et douanières frappant aussi bien les matières premières entrant dans la fabrication du livre que le livre lui-même, et ceci en raison de la non-application des conventions et réglementations internationales auxquelles les États ont adhéré (exemple de l’Accord de Florence et son Protocole de Nairobi).

7.2 Formation

  En vue d’assurer la formation et le perfectionnement de tous les agents de la chaîne éditoriale, il est recommandé la création de structures ayant cette vocation pour l’Afrique et susceptibles également d’organiser des stages pour le recyclage du personnel technique des maisons d’édition et des imprimeries en association avec des organismes professionnels.

7.3 Marché des manuels scolaires

  Compte tenu de l’inégale rentabilité des différents genres de livres, il est recommandé que l’État confie aux éditeurs nationaux le marché des manuels scolaires afin de leur permettre d’améliorer leur gestion et de continuer à promouvoir les ouvrages de littérature générale tant il est vrai que la parfaite maîtrise du marché national du livre scolaire par les États est une condition sine qua non du fonctionnement des maisons d’édition.

7.4 Information et sensibilisation des populations aux livres

  L’information et la sensibilisation des populations aux livres étant indispensables, il est recommandé que l'État facilite l’accès des professionnels du livre aux médias en leur consentant des tarifs préférentiels compte tenu de leur vocation culturelle.

7. 5 Lecture publique, bibliothèques

   L’amélioration de la circulation du livre ne va pas sans une véritable politique d’incitation à la lecture, laquelle doit cultiver l’habitude de la lecture dès le bas âge par une production de littérature enfantine appropriée, largement subventionnée afin de mettre les livres à la portée de tous.

7. ­6 Coédition, codiffusion et aide à l’édition

  Compte tenu de leur vocation, il est recommandé à l’Unesco, à l’UNICEF, à la Banque mondiale et à l’Organisation internationale de la Francophonie de venir en aide aux efforts des États par la promotion de coédition, de codiffusion et par l’aide à l’édition.

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— (2013). Production et diffusion du livre en Afrique de l'Ouest francophone.  Communication présentée au Séminaire régional sur les politiques nationales du livre des pays membres de l’UEMOA les 18 et 19 décembre 2013 lors de la 14e Foire internationale du Livre et du Matériel didactique de Dakar (FILDAK), Dakar, 16-21 décembre 2013 Thème « Livre et Diversité culturelle »

Dominique Hado Zidouemba
Chercheur à l’IFAN Ch. A. Diop
dozid@hotmail.com